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Le bonheur

Au Rite Opératif de Salomon, rite auquel je travaille, la règle spirituelle expose que l’Art Royal consiste, notamment, à pratiquer la science du bonheur. On dit également que la franc-maçonnerie offre une voie initiatique où chacun pourra emprunter celle qui lui semblera la meilleure pour sa propre recherche du bonheur.  Il est donc beaucoup question de bonheur. Comment positionner ce bonheur au sein de la franc-maçonnerie et dans notre démarche ?

Rechercher le bonheur c’est bien, mais encore faut-il savoir quelle sorte de bonheur nous recherchons. Car il y a plusieurs notions de bonheur.  

Il y a bien sûr le bonheur matériel, celui qui donne la satisfaction du bien-être, le plaisir. Il n’est pas à négliger, mais toutefois à surveiller car sa possession, exagérée, risque de nous engourdir l’esprit. Lorsque les sens sont rassasiés, un autre désir prend la place du désir précédent. Cette quête peut alors devenir effrénée et cette succession de recherches de bonheur-plaisir peut rendre l’homme insatiable dans une addiction stérile.

Il y a aussi le bonheur qui touche le cœur. Celui-là est beaucoup plus noble car il est à la fois don, réception et partage. Mais il peut être aussi très fragile car il est tributaire de l’autre et risque de disparaître avec l’autre. Il peut arriver que l’on soit responsable ou victime de son départ. Dans les deux cas, on s’en aperçoit souvent un peu tard au bruit qu’il fait en claquant la porte. Le poète a dit (« Le roman inachevé » de Louis Aragon) :   « qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes ». Il évoquait certainement de ce bonheur-là.

Il y a un autre bonheur du cœur. C’est aussi celui du cœur mais dont l’objet affectif est différent. Il s’agit notamment du bonheur familial, du bonheur avec ses proches. Il est fait pour durer beaucoup plus longtemps. Il se nourrit de voir les siens et ses proches, heureux. Il est une notion très importante du bonheur et il ne faut jamais l’oublier ni le négliger.

Il y a certainement d’autres bonheurs de cet ordre. Mais passons sur ces bonheurs matériels et de cœur car ils relèvent du domaine de l’intime. Ils ne sont pas dans le cadre de mon propos ce jour. Je laisse donc les psy-en-tout-genre en parler.

Ce ne sont pas de ces bonheurs là que nous venons chercher en franc-maçonnerie, évidemment. Le bonheur qui nous intéresse est celui qui comble l’esprit échappant au danger des deux précédents, car il est indifférent aux biens matériels, il ne dépend pas d’autrui mais de nous-mêmes. C’est un bonheur plus subtil, celui où sans doute les francs-maçons qui cherchent trouvent un sens à leur vie.


Je ne suis pas naïf, il y a certainement des Francs-Maçons qui viennent en maçonnerie uniquement pour chercher le bonheur du cœur, une famille, des FF. et des SS…. ce n’est pas interdit, c’est même recommandé. Pour autant, ce bonheur ne doit pas rester le seul objet de la recherche. Je ne parle pas évidemment de certains qui viendraient en maçonnerie uniquement pour y rechercher du bonheur matériel. S’il y en a chez nous – je n’en connais pas-, ils doivent être bien déçus.
Non, le bonheur, dont je parle est essentiel, c’est celui de la connaissance et, partant, celui du travail accompli en vue de cette connaissance. Cette connaissance qui vient pas à pas avec les travaux et les recherches, les réflexions qu’elles induisent. Cette connaissance qui vient aussi des autres, les frères et sœurs dont on prend du temps à les écouter mais aussi à les regarder vivre, à essayer de les comprendre sans évidemment porter le moindre jugement.
Cette connaissance pour laquelle il n’y a ni terme, ni limite à sa recherche comme la recherche de la vérité. 
Chacun aura compris que cette connaissance n’a strictement rien à voir avec la Vérité ou une quelconque certitude. Le travail dont je parle, induit « une » connaissance et donc « son » bonheur.


Ce bonheur est le résultat d’un patient travail sur soi, d’un enrichissement spirituel continu obtenu par une acquisition de connaissances qui s’ajoutent, se complètent, et finissent par créer un système de pensée propre à chacun.

Si le bonheur matériel est éphémère, le bonheur spirituel est durable car il rejette l’inutile. Si le bonheur matériel apporte le plaisir et s’il participe en partie à l’épanouissement de l’individu, c’est seulement le bonheur spirituel, celui de la connaissance qui donne le vrai bonheur.
La spiritualité est au centre de notre démarche. Même si cela est inutile, précisons quand même que la spiritualité ici, ne désigne que ce qui est esprit, dégagé de toute matérialité et rien d’autre.

L’histoire nous a montré que la privation de spiritualité ou le trop de spiritualité conduisent dans le mur. En interdisant la religion, en la qualifiant d’opium du peuple, un certain mouvement politique a supprimé la liberté de penser et de croire alors que d’autres régimes totalitaires, à l’inverse, ont imposé une religion d’État pour éliminer cette liberté de penser. Les deux méthodes n’avaient évidemment qu’un seul but : faire marcher les ouailles au pas cadencé.

Pourquoi la célèbre phrase attribuée à Malraux « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas » a-t-elle toujours le même succès ? Tout simplement parce qu’elle répond à un besoin de l’esprit et qu’elle exprime un espoir pour nos aspirations. 
La connaissance de soi passe-t-elle par la connaissance du monde qui nous entoure ? Certainement, mais attention, il y a plusieurs façons d’expliquer le monde. 
Il y a d’abord l’approche religieuse qui donne une réponse immédiate aux mystères de la vie, qui apaise l’esprit mais qui empêche tout débat puisque la réponse est toute donnée dans une révélation.
Il y a la méthode scientifique qui enregistre les données de ce monde visible et en tire un ensemble de lois physiques et des solutions technologiques apportant ainsi un progrès matériel considérable.
Ces deux premières approches tentent de donner à l’univers et à la vie une explication extérieure à l’homme. En revanche, la troisième approche, l’approche initiatique est la seule à considérer cette quête de l’intérieur et à chercher la raison d’être de l’humanité non dans une cause extérieure, mais réellement dans l’homme.

À tous ceux, au-delà des croyances et des cultures, qui aspirent à une vie de l’esprit, la franc-maçonnerie offre une voix initiatique symbolique et traditionnelle et une spiritualité universelle où chacun pourra emprunter librement la voie qui lui semblera la meilleure pour sa propre recherche du bonheur. La phrase est bien connue « il n’y a pas de chemin qui mène au bonheur, c’est le chemin qui est le bonheur ».

Est donc heureux celui qui a réalisé l’unité en lui, celui qui n’est plus en conflit avec sa part d’ombre et qui a su concilier sa face lumineuse et sa face sombre pour en faire une image sereine, son image. C’est dans l’action de la recherche de la connaissance que l’on trouve satisfaction, récompense, joie et bonheur. D’accord, mais le bonheur de qui et le bonheur pour qui ?


Le bonheur de soi et pour soi.
Car pour pouvoir aimer son prochain comme soi-même encore faut-il commencer par s’aimer soi-même. C’est pourquoi le début de la démarche initiatique est de devenir le meilleur ami de soi-même. Ce n’est pas un hasard (évidemment) si l’enseignement maçonnique commence par l’étude de la perpendiculaire, le fil à plomb qui est en chacun de nous.
Mais il n’est de bonheur complet que partagé. Le devoir du franc-maçon est autant la recherche sur lui, son bonheur, mais aussi, bien entendu, l’amélioration de la société. On ne doit jamais oublier que cette amélioration, ce bonheur trouvé doivent se répercuter et se retrouver à l’extérieur du Temple. 

La démarche initiatique n’est pas un long fleuve tranquille, elle est au contraire faite d’épreuves, de ruptures, de changements de cap, de remises en question et de retours en arrière. Alors, poursuivant notre recherche du bonheur, il faut apprendre à maîtriser et à gérer nos désordres intérieurs. C’est une démarche difficile dans laquelle il ne faut pas se perdre.

L’un des signes montrant que nous sommes bien sur la piste du bonheur est la joie. Cette joie que nous cultivons au Rite Opératif de Salomon puisque nous travaillons avec « Espérance, Confiance et Joie ». Cette joie qui est le marqueur extérieur du bonheur, son indicateur. Si nous apercevons la joie, si elle se lit sur nos visages, alors nous sommes sur la bonne piste, la piste du bonheur.

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