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De la Première Grande Loge de Londres à la formation du Rite français (1ère partie)

Les origines

le 24 juin 1717, dans une petite taverne du quartier Saint Paul à Londres, quatre loges et quelques frères se sont, selon la chronique, réunis pour créer une Grande Loge.

Cet événement  fondateur est à l’origine d’un modèle jusque là inconnu que toute la maçonnerie, partout  dans le monde, a reproduit et reproduit encore : le modèle de la Grande Loge.

Les Francs-Maçons présents n’étaient pas très nombreux, peut-être une dizaine, guère plus. Le plan dont nous disposons encore aujourd’hui de cette taverne qui  a été détruite au début du XXème siècle nous indique la taille et les dimensions de la pièce dans laquelle ces frères fondateurs se sont réunis, au premier étage de l’auberge « L’Oie et le Gril », il apparait clairement qu’on ne pouvait  pas y faire tenir plus de vingt personnes.

Voilà comment fut créée la première Grande Loge au  monde.

Que faisait-on dans cette Grande Loge et quel rituel utilisait-on ?

A cette époque les rituels n’étaient pas écrits, et par conséquent nous ne savons pas exactement quelle était la pratique de cette première Grande Loge.

Cependant quelques années plus tard des divulgations ont été publiées qui nous donnent les détails des pratiques de l’époque. Aujourd’hui les pratiques maçonniques sont très diversifiées de par le monde, et tout particulièrement en France où nous connaissons de nombreux rites : le rite français dans ses multiples variantes, l’écossais ancien et accepté, le rectifié, Emulation, Memphis Misraïm, et bien d’autres encore. Ainsi la manière d’ouvrir et de fermer une loge peut varier considérablement, mais pourtant il existe des invariants, des constantes, qui définissent la maçonnerie et qui sont communes à tous les rites.

Le soir du 24 juin 1717, la date est contestée mais à cette époque en tout cas, les frères londoniens qui ont fondé la première Grande Loge en ont jeté les bases et leur pratique maçonnique était vraisemblablement assez proche de ce qu’on pratique aujourd’hui sous le nom de rite français. Ou, pour être plus exact, le Rite Français que nous connaissons ressemble beaucoup aux premières divulgations des rituels pratiqués par les frères de cette première Grande Loge, dite Grande Loge de Londres et de Westminster. 

Ainsi notre Rite Français, parmi les nombreux rites actuels, est certainement  le plus proche de  la Maçonnerie anglaise telle qu’un certain Jean-Théophile Désaguliers l’a organisée à Londres vers 1720.

Jean-Théophile DESAGULIERS 

Pasteur de l’Église anglicane, docteur en Droit diplômé d’Oxford, il était avant tout un scientifique de haut-niveau. Conférencier célèbre, il propageait les théories et les découvertes de Newton  tant scientifiques que philosophiques et voyageait beaucoup, des îles britanniques jusqu’à la Russie pour la mise en œuvre de ses propres réalisations tel un ingénieur polytechnicien compétent  dans de nombreux domaines tels l’électricité, la mécanique des fluides et l’hydraulique, les machines à vapeur, entre autres.

Isaac Newton l’avait reçu à la Royal Society, sorte d’Académie des Sciences dont Newton était le président.

Désaguliers n’était devenu Anglais que par l’effet des persécutions des huguenots par Louis XIV : il était effectivement né en France d’un père pasteur protestant qui avait quitté La Rochelle en 1683 pour Guernesey puis Londres.

Épris de philosophie naturelle, il a rapidement compris tout le parti qu’il pouvait tirer de la modeste franc-maçonnerie de l’époque en en faisant le relais pour les idées nouvelles, les idées newtoniennes, tant philosophiques que scientifiques, dont les développements ne s’appuyaient que sur l’expérience et non plus sur la répétition des théories métaphysiques des auteurs classiques, d’Aristote en particulier.

C’est cette nouvelle philosophie naturelle, cette science fondée sur l’expérience, que Désaguliers voulait propager et diffuser dans les loges. 

La Franc-maçonnerie à Londres en 1717

Les loges  n’étaient plus à l’époque que des associations d’artisans et de commerçants  qui aimaient se réunir autour d’un repas, de quelques pintes de bières et d’un pot de tabac dans la salle arrière d’une taverne dont la loge portait le nom.

Les Francs-maçons recevaient leurs nouveaux membres par cooptation et à l’unanimité, conditions nécessaires à l’esprit de concorde, au cours d’une  cérémonie d’admission fort modeste qui empruntait au rituel d’incorporation des maçons de métier.

Mais les maçons de métier, les opératifs, avaient été remplacés dans leurs loges par cette nouvelle forme de sociabilité qui se développait depuis plus d’un siècle, depuis que les confréries et monastères avaient été dissouts par Henry VIII en 1538, quand il rompait avec Rome pour se proclamer chef de l’Eglise d’Angleterre.

En 1717 cette cérémonie d’admission ne comportait que deux grades qui étaient conférés dans la même soirée : celui d’apprenti-entré et celui de compagnon de métier.

Ces francs-maçons qui n’étaient plus opératifs exerçaient en fait une entraide au sein de leur confrérie à une époque où quasiment aucun autre dispositif de protection ou d’aide sociale n’existait sinon quelques œuvres de charité confessionnelle. 

L’apport de Desaguliers en maçonnerie

Telle était la franc-maçonnerie  que Jean-Théophile DESAGULIERS découvrait quand il fut reçu dans la loge « Le gobelet et les Raisins ». Il devenait vénérable de la loge « L’Oie et le Gril », deux ans après la création de la Grande Loge de Londres et de Westminster par fédération de ces deux loges à deux autres (« le Pommier » et «  la Couronne »).

J.-T. Désaguliers a rapidement transformé cette modeste association d’entraide fraternelle.

Il lui a donné tout son lustre social en attirant les nobles du plus au rang qu’il faisait élire comme Grand Maître (le duc de Montagu puis le duc de Warthon) mais aussi son lustre  intellectuel  en y faisant admettre jusqu’au tiers de l’effectif de la Royal Society, cette prestigieuse académie des sciences que présidait son ami Isaac Newton..

Dès 1723, avec la publication des constitutions dites d’Anderson, pasteur presbytérien, calviniste d’origine écossaise, la Franc-maçonnerie moderne se dotait aussi d’une histoire officielle mais largement légendaire et de principes inspirés de la philosophie et de la théologie naturelles (dans la ligne de John Locke et de George Berkeley avant David Hume) qui permettaient, après un siècle de conflits politico-religieux, de se fréquenter en paix en s’interdisant tout sujet politique ou religieux dans un esprit de tolérance partagée.

Désaguliers fut enfin le promoteur du grade de Maître, vers 1735, donnant ainsi un lustre particulier au corpus symbolique de l’ancienne maçonnerie en deux grades.

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2 réflexions sur “De la Première Grande Loge de Londres à la formation du Rite français (1ère partie)

  • Le site est très instructif pour les franc- maçons assoiffés de connaissances.

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  • PAUL GERARD NSAH VOUNDY

    Excellent article qui attise ma soif !
    TAF !

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