ArticlesLes francs-maçons célèbres

Simon Bolivar : El Libertador !

Parmi les grands personnages qui ont fait l’histoire de l’humanité, il est, depuis plus de trois cents ans, un petit nombre qui a en commun d’avoir été initié à la franc-maçonnerie, et plus encore comme c’est le cas pour notre portrait de ce jour, dont la nature même de l’Ordre a influé sur leur vision et leur vie.

À vrai dire, rien ne prédestinait Simon Bolivar à un incroyable destin. Celui qui, en plus de 470 batailles (un record) et 123 000 kilomètres parcourus à cheval (!), permit la libération (d’où son pseudonyme) de la Bolivie (dont il donna son nom), de la Colombie, de l’Équateur, du Panama, du Pérou et enfin du Venezuela, fut influencé sans commune mesure par ce siècle des Lumières et l’esprit des Révolutions Atlantiques qui balaient  alors l’Europe mais plus encore sur l’esprit de liberté et de concorde des peuples qu’il venait de découvrir dans les loges maçonniques du vieux continent.

Mais revenons au commencement. Simon Bolivar naît le 24 juillet 1783 à Caracas au Venezuela au sein d’une famille qui a fait fortune dans le commerce de mines de cuivre, de plantations d’indigo, de cacao et de vastes troupeaux. Bolivar est “criollos” c’est-à-dire créole, né en Amérique de parents espagnols avec des origines allemandes. Cela a une importance car dans cette époque ségrégationniste, la question des ethnicités est décisive dans la place sociale qu’ont les hommes. Pour résumer. Simon est bien né ! Bien né et au bon endroit du fait de la proximité avec les Antilles et aux principes révolutionnaires venus de la France et des États-Unis, Caracas vit dans un climat insurrectionnel où se forment des cercles politiques et salons feutrés aux volontés indépendantistes vis à vis d’un Empire espagnol sur le déclin. Mais bien né et au bon endroit n’assure pas le bonheur en cette fin de XVIIIème siècle. Suite au décès de son père puis de sa mère, il se retrouvera orphelin dès l’âge de 9 ans. Alors jeune héritier foncier, il part vivre chez son grand-père maternel qui lui aussi décédera à peine quelques années plus tard et sera éduqué par une esclave qui prendra affection pour lui et le traitera comme s’il était son propre enfant.

Bolivar trouvera un foyer chez un oncle, ruiné et qui voit en Simon  la possibilité de retrouver fortune par la gestion de l’héritage de son jeune pupille. Mauvais éducateur, sans doute peu enclin à un amour sincère, la relation entre l’oncle et le jeune adolescent se détériore au point que l’éducation de ce dernier est confiée à une école primaire de Caracas dont le Directeur est si imprégné des idées des Lumières et notamment dans son enseignement qu’il est renvoyé de son poste. Trop tard, le jeune Bolivar devient un enfant rebelle, qui se passionne pour l’étude des œuvres de Rousseau et Voltaire.

Suivant le parcours de son défunt père, Simon s’engage dans le bataillon des milices d’Aragua et son engouement et sa fougue vont bien vite le faire remarquer. Il est nommé sous-lieutenant à quinze ans !

Puis Bolivar part rejoindre un oncle en Espagne. Il y découvre la cour et ses mondanités et notamment les salons d’exilés vénézuéliens proches du Comte d’ Aranda, Ministre de Charles III et franc-maçon. C’est dans ces salons qu’il rencontre fille d’un de ses compatriotes, Maria Teresa, dont il tombe éperdument amoureux et qu’il épousera en 1802. Bonheur éphémère, Maria Teresa contracte la fièvre jaune et décède à peine 8 mois après leur union. Bolivar a alors vingt-ans et sa jeune vie est déjà plus intense que mille autres.

Ivre de chagrin, Simon retourne faire son deuil à Madrid auprès de sa belle-famille et profite de son séjour en Europe pour se rendre à Paris rencontrer son modèle, Francisco Miranda, vénézuélien en exil et franc-maçon.

Cette ombre qui plane sur sa vie, celle d’un siècle de bouleversements sociaux et d’intense activisme des penseurs et philosophes au sein des loges du vieux continent va finalement et tout logiquement rattraper le jeune profane début 1803 à Cadix. Il est initié au sein d’une loge fondée par des proches de Miranda. Les idées républicaines alors émergeantes dans les loges, la devise liberté, égalité, fraternité, l’émancipation des Nations changent profondément le jeune Simon qui, et il l’écrira plus tard, s’invente un “pouvoir moral” et une obligation de promouvoir la vertu par une action politique au service de ses concitoyens.

Dès lors, le jeune apprenti, au sens maçonnique comme profane, va se lancer, corps et âme, dans l’accomplissement de son destin, celui de libérer son pays de l’asservissement à un empire espagnol d’ailleurs sur le déclin. La première étape le mène à Paris où curieusement, il assiste avec enthousiasme au sacre de l’Empereur qu’il perçoit comme un réformateur et l’homme à même de stabiliser la France dans un état “républicain”. Durant son séjour parisien il retrouve son directeur d’école primaire, lui aussi maçon, qu’il rejoint au sein de la RL Saint-Alexandre d’Écosse et dans laquelle il est fait compagnon en novembre 1805 puis élevé à la Maîtrise en mai 1806.

Il quitte alors l’Europe pour le Nouveau Monde et Philadelphie. Il s’imprègne de l’esprit d’indépendance et de cette jeune et si active franc-maçonnerie américaine. Il y multiplie les contacts et amitiés. En d’autres mots, il y développe son réseau avant de retrouver Caracas dès 1807 alors que l’insurrection menée par son parrain maçonnique (?), Miranda, vient d’échouer. Il entre dans des cercles indépendantistes et conspirationnistes et rejoint la RL La Grande Réunion Américaine fondée quelque temps plus tôt par Miranda et dont il devient Vénérable Maître.

Bolivar cherche des alliés dans ce combat contre l’Empire espagnol alors affaibli par les guerres contre la France, des alliés puissants et qui ne comptent pas plus de seize mille soldats pour protéger l’intégralité des colonies. Il se tourne vers l’Angleterre ennemi traditionnel de Madrid sans trop de succès mais localement réussit à faire voter par le Congrès vénézuélien l’indépendance. Une insurrection éclate dans la foulée, elle durera quinze ans !

En 1813, libérateur, il est nommé “Libertador”. Puis Président de la République. Son rêve de liberté concerne alors la Grande Amérique, et de Grenade à Bogota, il se bat pour l’indépendance des peuples d’Amérique aux côtés ou en parallèle d’autres Généraux libérateurs. Mais l’Empire Napoléonien s’effondrant, le Roi d’Espagne retrouve sa couronne et envoie des renforts défendre ses colonies. De victoires en défaites, Bolivar s’exile en Colombie puis à partir de 1815 à Haïti, première République noire modèle pour tous les révolutionnaires. Il se lie d’amitié avec le Président Alexandre Pétion, dont il est plus que probable qu’il fut également franc-maçon,  et ainsi petit à petit Bolivar recrée une armée puissante d’indépendantistes de toutes nationalités réfugiés en Haïti et nommée Ejercito Libertador. Cette armée rejoindra les côtes vénézuéliennes pour reprendre le combat et au fil de ses victoires permettra l’abolition de l’esclavage à ceux qui s’engagent dans ses rangs. Et après de nombreux échecs à reprendre Caracas, c’est à Bogota que Bolivar va s’atteler ! Par ce surprenant et très audacieux choix militaire, les indépendantistes vont prendre à revers les Espagnols et ainsi revenir huit ans plus tard victorieux à Caracas.

En Espagne, la vie politique du Roi Ferdinand en cette année 1821 est tumultueuse et de ce fait, aucun envoi de troupes en renfort n’est envisageable. Le sort de l’Amérique centrale et du sud vient de basculer et dès lors plus rien n’arrêtera les forces indépendantistes. En 1824, Bolivar libérera le Pérou, puis la Bolivie qui le nommera Père de la Patrie.

Assez étonnamment, durant toutes ces années de guerre acharnée, de succès mais aussi de cuisantes défaites, jamais Simon Bolivar ne cessera son activité maçonnique. Ainsi 1824 est une année maçonnique faste pour lui, il est reçu 33ème degré du REAA par Joseph Cerneau (voir https://www.lalogemaconnique.fr/le-rite-de-cerneau/) alors présent depuis plus d’une année localement afin de développer les hauts grades. Il fonde les RL Ordre et Liberté au Pérou et Protectora de las Vertudes au Venezuela.

Dès 1825, le rêve de Bolivar fait face à la réalité des jalousies et de la difficulté de gouverner des jeunes nations d’autant plus sur un territoire aussi vaste. Aux complots et tentatives d’assassinat (1828), s’ajoutera la détérioration de sa santé du fait d’une tuberculose. Il se retire en 1830 de la vie politique et confie le pouvoir à l’un de ses proches, le Général Sucré qui sera assassiné presque immédiatement. Épuisé, déchu et déçu du peu d’impact qu’aura eu sa vie sur l’évolution des Nations du continent, il décédera le 17 décembre de cette même année à l’âge de 47 ans. 

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Alexis AT

Français expatrié à Moscou *** Grand Inspecteur National en charge du développement Europe de l'Est @ GLTF

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