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Les ordres d’architecture

Les 5 ordres d’architecture régissant la Franc-Maçonnerie est un des sujets maçonniques majeurs du grade de compagnon dans sa symbolique : 5 ordres, comme 5 marches du temple de Salomon à gravir dans l’évolution du Compagnon en construction. 

Nous le savons, nombre de symboles sont transmis à l’occasion du rituel de réception selon les  degrés, les ordres d’architectures en font partie et apparaissent aux Francs-Maçons lors du second voyage initiatique sur les cinq que compte le Rituel au deuxième degré. Ce voyage, que  le futur Compagnon effectue avec la règle et le levier, est notamment ponctué d’une lecture d’un cartouche remis par le frère Expert sur lequel est inscrit : « Dorique, Ionique, Corinthien,  Toscan, Composite » ; autant de termes faisant référence aux ordres d’architecture grecs et  romains. 

Le sujet de réflexion ainsi proposé au récipiendaire Compagnon est donc l’architecture, l’art d’assembler les matériaux dans le respect des lois physiques, des rapports et des proportions,  au moyen d’outils, pour en faire des édifices harmonieux.  

Avant de détailler chacun de ces styles, complétons la définition faite de  l’architecture par l’étude de son étymologie. Le mot Architecture vient du grec archè : le  commencement, le commandement, le principe, et de tektonikos, le charpentier ou le  bâtisseur, littéralement le bâtisseur des origines.  

L’architecture serait ainsi un ordre soumis, tout comme l’Univers, à l’archè, au principe du  nombre. L’un des traits de la philosophie grecque repose en effet sur l’idée selon laquelle le  monde est tout à la fois : un et multiple, un monde où la pluralité des éléments et des  puissances est dominée et compensée par une loi abstraite d’équilibre et d’harmonie régie par  le nombre. Les Hommes ont connu le nombre en se référant à la nature. Ce sont les ancêtres  qui ont su lire dans la nature ce qui y fait force de loi : le langage des chiffres, de la géométrie et des proportions.  

A sa manière, le rituel nous aide donc à leur rendre hommage, à eux, ces grands anciens  opératifs, ces savants, ces chercheurs, ces bâtisseurs et ces explorateurs qui ont modelé le  monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et qui nous l’ont légué en héritage. 

Il est ainsi dit : « Ce sont les matériaux, les outils, les chefs-d’œuvre de cet art qu’est  l’architecture que vous voyez figurés dans nos ateliers et sur les tableaux de nos loges. Tout cela  concourt à la construction du temple que nous élevons en continuant la tâche de nos  prédécesseurs. Il n’importe que le temps ait respecté leurs œuvres ou qu’il les ait recouvertes  de la poussière de l’oubli. Le Grand Art de la maçonnerie demeure pour attester l’élévation de  leur pensée, l’étendue de leurs connaissances et la splendeur de leur génie ». 

Revenons à présent sur le sujet de notre lecture. Le premier texte qui définit les cinq ordres  classiques est le traité d’architecture en dix volumes « De Architectura » dédié à l’Empereur  Auguste par l’architecte romain Vitruve vers 25 avant J-C. On y découvre que les ordres ou styles  architecturaux sont à la fois système de formes, de proportion et de langage décoratif. Au sein  de ces ordres, la colonne définissant les proportions générales, et son chapiteau qui en détermine le style, sont déterminés comme les éléments les plus importants. 

Parmi ces cinq ordres, deux sont décrits comme fondamentaux : le Dorique et l’Ionique, tous deux créés par les Grecs. Ces deux ordres ne se résument pas aux seuls styles des colonnes et  des chapiteaux. Ils régissent également l’agencement des lieux et les proportions des éléments  constituant le monument auxquels ils s’appliquent.  

L’ordre Dorique ayant vu le jour vers -630 dans le Péloponnèse est le plus simple et le plus « masculin ». La colonne massive n’a pas de base et le chapiteau est lisse et simple. Vitruve  rapporte d’ailleurs dans son traité d’architecture l’origine mythique de la colonne Dorique : « Ils  cherchèrent un moyen de faire des piliers à la fois assez forts pour soutenir le poids de l’édifice  et agréables à la vue. Pour cela ils prirent la mesure du pied d’un homme qui est la sixième  partie de sa hauteur, ils se réglèrent sur cette proportion de sorte qu’en donnant une grosseur  quelconque à la tige de leurs colonnes ils la firent six fois aussi haute et c’est ainsi que la colonne  Dorique fut employée dans les édifices avec la proportion, la force et la beauté du corps d’un  homme ». 

Le Parthénon à Athènes et le temple d’Héra sont sans doute les temples grecs les plus  représentatifs du style Dorique. Ce style était répandu en Grèce et dans les colonies grecques  qu’étaient alors le sud de l’Italie et la Sicile. 

L’ordre Ionique est apparu une centaine d’années plus tard dans les îles de la mer Égée et en  Ionie, une région qui se situait sur la côte ouest de l’actuelle Turquie. La colonne Ionique est  plus élancée et plus féminine. Selon la légende, toujours véhiculée par Vitruve, ce nouvel ordre  d’architecture a été créé pour décorer un temple en lui donnant une beauté plus délicate que  le Dorique et susceptible de recevoir plus d’ornements. Comme l’ordre Dorique avait été  déterminé sur le corps de l’homme, les proportions du nouvel ordre ont été imaginées sur la  taille des femmes grecques. Poussant encore plus loin l’imitation, ils ont donné au chapiteau la  forme de cornes de bélier pour rappeler les boucles de leurs cheveux et ils cannelèrent les  colonnes pour imiter les plis de leurs vêtements. 

Le temple d’Athéna Niké, déesse de la victoire et protectrice d’Athènes, construit en -423 dans  cette ville est emblématique du style Ionique, lequel poussé à son extrême logique, aboutit au  portique des Caryatides de l’Érechthéion construit sur l’acropole d’Athènes en -406. 

L’ordre Corinthien, du nom de la cité de Corinthe, repose sur l’ajout d’un chapiteau à feuilles  d’acanthe aux colonnes de l’ordre Ionique, ce qui n’en constitue donc pas un style en lui-même.  

A ces trois ordres grecs, les Romains ont ajouté deux variantes : le Toscan et le Composite. L’ordre Toscan est une imitation du Dorique avec comme principale caractéristique l’absence  de tout ornement, la pureté simple de l’art. Aucun spécimen de cette construction n’a malheureusement réussi à traverser les époques pour arriver à ce jour.

L’ordre Composite est, de son côté, un mélange savant des trois Ordres grecs par la  combinaison d’une base Ionique, d’un fût de colonne Dorique et d’un chapiteau Corinthien  souligné par une moulure ronde : un astragale. Les colonnes de l’Arc de Titus à Rome sont un  bel exemple de cet ordre qui allie la force dans la beauté, le tout supporté par des piliers lisse et, blancs, donc vierges, et posés sur la terre : nos racines. 

Ces divers styles architecturaux se sont succédés dans le temps suivant l’évolution du goût des  constructeurs ; tous ont pour autant eu pour objet l’harmonie des édifices qu’ils devaient ériger.  

Les différents ordres d’architecture nous révèlent par ailleurs, une fois de plus, que tout n’est  que symbole et représentation, et, outre le fait de nous donner de solides bases pour notre  enseignement, nous prouvent que la sagesse, la force et la beauté sont nos éternels alliés. La  sagesse nous dirige et nous guide, la Force nous soutient dans toutes nos difficultés et la beauté  orne notre conscience. 

Pour conclure, citons Vitruve : « Une construction ne tient debout que si les règles sont  appliquées ». Les Frères, se doivent donc de décorer chacun son temple intérieur et ainsi éclairer leur Loge de son épanouissement. 

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Jean-Baptiste Kléber

www.jeanbaptistekleber.com

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