ArticlesHistoire & franc-maçonnerie

De la Première Grande Loge de Londres a la formation du Rite français (partie 3/4)

La décadence du XIX° siècle

Cependant le Rite que l’on appelle alors « Français » par opposition au Rite Écossais et à nouveau « Moderne » par opposition à ce nouveau rite qui prenait forme sous le nom d’Ancien et Accepté, l’histoire se répétant, ce Rite Français ou Moderne, va  s’étioler sous l’effet de la concurrence du R.E.A.A. et de ses 33 degrés semblant aller au delà du Rose-Croix grade sommital du Rite Français tandis qu’il perdait de sa substance spirituelle au fur et à mesure des modifications qu’introduisait le Grand Orient pour le faire coller aux idées rationalistes puis positivistes et finalement athées qui dominaient à la fin du XIX° siècle.

Les Républicains ne pouvant guère se réunir  sous le Second Empire (la loi ne permettra la liberté d’association qu’en 1901) utilisent la Franc-maçonnerie comme lieu de réunions et de discussions politiques, contrevenant ainsi aux principes fondamentaux de 1723 tels qu’énoncés par Anderson, abandonnant  progressivement toute référence spirituelle et notamment chrétienne dans une ambiance anticléricale qui ne se résoudra jamais totalement  même quand  le cadre de la loi de 1905 sera posé.

Et c’est ainsi que naissait en France une autre forme de maçonnerie, toujours en vigueur aujourd’hui  mais inconnue au Royaume Uni, tournant le dos à celle des pères fondateurs de 1717 que l’on désigne sous le nom et les qualificatifs de libérale et adogmatique.

LA RESTAURATION CONTEMPORAINE  DU RITE : René Guilly

Cela commence à Paris, en 1951.

En 1951, René Guilly, âgé d’une trentaine d’années, assistant au département des peintures du musée du Louvre, travaillait avec Germain BAZIN, conservateur du département des peintures au Louvre, personnage oublié aujourd’hui mais dont le nom reste connu car il  était l’oncle d’Hervé BAZIN.

 René Guilly cherchait un sens à sa vie. Ayant fait des études littéraires et muséographiques, il s’oriente professionnellement vers la restauration des objets anciens. Il terminera sa carrière comme  directeur des ateliers de restauration du Louvre, et professeur à l’école du Louvre.

Rétablir les objets dans leur état initial est à la fois son métier et  sa passion et dans le cadre de sa recherche personnelle il va solliciter son admission en Franc-maçonnerie.

Quinconque attiré par la franc-maçonnerie en 1950 à Paris a toutes les chances de ne connaître qu’une seule obédience, le Grand Orient de France.

A côté du Grand Orient, il existe certes une autre obédience, la Grande Loge de France, beaucoup plus petite, ainsi qu’une obédience mixte, le Droit Humain, plus petite encore, et un groupuscule, la Grande Loge Nationale Française dont quasiment personne dans le monde maçonnique français de l’époque  ne sait exactement où elle se trouve ni ce qu’elle fait.

Notre jeune homme est donc initié au Grand Orient de France, et y découvre la maçonnerie telle qu’elle s’y pratiquait en 1951.

C’est-à-dire deux choses :

 D’abord des frères qui sont sincères et motivés mais qui viennent de subir pendant l’occupation une des plus terribles épreuves que la franc-maçonnerie ait connue au cours de son histoire, une vraie persécution et des centaines de morts, morts uniquement parce qu’ils étaient francs-maçons.

Pour 50 000 frères avant la guerre, il ne s’en trouve plus dans les loges qu’à peine 10 000 à la fin de la guerre. Non pas que les 40 000  autres soient tous morts, mais la plupart d’entre eux ne veulent plus revenir en loge après ce terrible traumatisme.

Voilà l’état moral dans lequel se trouvent les francs-maçons en France au début des années 50.

Le deuxième aspect, c’est l’état du rituel, de la pratique maçonnique dans les loges.

Et là c’est simple, il n’y a quasiment plus rien. Cela n’a plus rien à voir avec une loge actuelle. On y a supprimé le tableau de loge, les chandeliers, les colonnes, la Bible, et les frères ne portent plus de tabliers dans  une loge moyenne du Grand Orient de France en 1951.

Le rituel, pratiqué est celui qui avait été arrêté en 1922 (Amiable). Ainsi le rituel d’ouverture se réduisait-il à ces quelques mots :  

« – Mes Frères, sommes-nous tous à couvert ? 

  • Oui, très Vénérable
  • Quelle heure est-il ?
  • Il est midi 

Coup de maillet

_        les travaux sont ouverts »

Et l’activité de la loge consistait à y parler des élections précédentes ou prochaines et de divers  sujets politiques.  On y invitait  volontiers  des ministres, des sénateurs ou des députés, qui venaient y faire des conférences.

Pour un jeune homme qui s’interroge sur le sens de la vie et dont le métier est de rétablir les objets dans leur état ancien, il était difficile de s’en contenter 

Il acquiert rapidement la conviction que la maçonnerie avait été autre chose que ce qu’on lui présente et décide d’appliquer à la franc-maçonnerie la méthode qu’il pratique dans son métier. Il consulte ainsi dans les bibliothèques les dépôts d’archives, d’autant plus qu’il est amené, pour son travail, à fréquenter les musées de province. Ainsi dès qu’il en a l’occasion, il passe aux archives départementales ou  à la bibliothèque municipale à la recherche du fonds maçonnique.

En  France les documents maçonniques sont nombreux et il en existe dans quasiment toutes les archives départementales. Mais personne à cette époque ne s’y intéressait.

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