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Le miroir

Lorsque nous entendons ce mot nous pensons logiquement au miroir de notre salle de bain ou à celui se trouvant dans l’entrée de notre domicile. Mais en dehors de ces deux exemples, nous retrouvons bien évidemment le miroir ailleurs, comme par exemple dans le reflet de l’eau, via la camera frontale de nos téléphones, dans les rétroviseurs de nos voitures ou simplement dans le reflet des vitrines dans la rue. Au quotidien, le miroir connait de nombreuses utilisations. Le plus souvent nous l’utilisons pour vérifier que l’image que nous y reflétons correspond visuellement à la norme que nous nous imposons, afin de donner une bonne et belle image de nous mêmes à notre entourage.


À force de nous voir dans le miroir, nous finissons par connaitre chaque détail de notre reflet, chaque défaut, chaque imperfection, chaque qualité et chaque attrait. Nous apprenons à les masquer ou à les mettre en valeur. Chacun est libre de l’importance et du temps qu’il accorde à ce processus, l’essentiel étant de correspondre visuellement à la norme que nous nous imposons. Il est intéressant de noter qu’une personne se regardant trop longtemps dans un miroir symbolise souvent quelque chose de négatif, comme par exemple le narcissisme, la contemplation de soi, voire l’égoïsme. Cependant, au quotidien, nous limitons notre utilisation du miroir à notre aspect physique.


À de plus rares occasions, il arrive que nous nous voyions dans le miroir et ne fassions plus du tout attention à notre physique. En effet, face au miroir, nous nous retrouvons comme face à une autre personne. Dans ce cas de figure, notre esprit doit naturellement soulever des questions instinctives qui nous permettent d’évaluer ce que nous voyions et si cela représente un danger immédiat ou un intérêt quelconque. Mais dans le cas de notre propre reflet, ce questionnement a commencé il y a des années, lorsque nous nous y sommes vu pour la première fois déjà.
La question du danger immédiat ou du quelconque intérêt est passée depuis bien longtemps. Inconsciemment ou non, nous avons tous fait notre introspection face à ce miroir et nous nous sommes tous posé ces questions sur nous-même tout au long de notre vie.


Venons en maintenant au rapport entre le miroir et la franc-maçonnerie. Pour cela, il faut nous replonger dans un moment précis de notre initiation: juste après avoir reçu la lumière, une fois le bandeau retiré de devant nos yeux, il nous a été demandé si nous avions des ennemis parmi les Frères se tenant devant nous. Puis, il nous a été expliqué que les plus à craindre se trouvent souvent derrière nous. À ce moment nous nous sommes retournés et nous nous sommes tous vus, chacun, dans le miroir tenu par le Frère Second Surveillant.
En quoi sommes nous notre propre ennemi?


Lorsque vous avez décidé de rejoindre la franc-maçonnerie, vous avez dû — en tout cas c’était mon cas — entre autre, être attiré par l’idée de vous améliorer en tant qu’individu. Mais avant de vous améliorer, vous devrez d’abord faire face à vos défauts, et essayer de les comprendre. Plus qu’un simple objet du quotidien, le miroir est un outil avec la capacité de captiver votre regard et de le diriger sur vous-même, avec justesse et exactitude, pour forcer un questionnement introspectif honnête. Ce questionnement a cela de fort qu’il est très difficile de se mentir ou de se convaincre de quelque chose que l’on sait faux lorsqu’on se voit. C’est justement cette sensation qui nous intéresse ici : notez que vous n’avez pas besoin d’un miroir devant vous pour faire votre introspection si vous gardez simplement à l’esprit que vous devez rester honnête avec vous-même. Le progrès, vient de la justesse du raisonnement qui le précède. Ce n’est pas simple car l’esprit choisit toujours le chemin le plus court en premier, quitte à se duper, et c’est en cela à mon sens que nous sommes notre propre pire ennemi.


Pour conclure, le fait d’écrire cette planche m’a rappelé une phrase que nous avons tous rencontrée dans la chambre de réflexion : « si la curiosité t’as conduit ici, va t’en ». Cette phrase m’avait alors étonné car je ne comprenais pas comment sans curiosité j’aurais pu me retrouver là, à vrai dire je trouvais la formulation un peu agressive. Or après avoir écrit cette planche je perçois désormais cette phrase quelque peu différemment, plus comme une mise en garde amicale sur le fait que le voyage maçonnique va nous forcer à nous poser des questions auxquelles tout le monde ne voudrait pas forcément connaitre les réponses. Au cours de ce voyage, il nous faudra porter un regard critique sur nous-mêmes sans jamais nous mentir, et quel meilleur outil que le miroir pour le faire?

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Jean-Baptiste Kléber

www.jeanbaptistekleber.com

Une réflexion sur “Le miroir

  • Gilles DELSART

    Je me souviens dans une planche sur le miroir avoir souligné que notre image dans le miroir n’est pas ce que voit un interlocuteur puisque cette image est inversée. et puis j’avais cité Lacan et son “assomption jubilatoire de l’image spéculaire” ou plus simplement le stade du miroir, histoire de frimer un peu !!!

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