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Entretien avec Emmanuel PIERRAT (partie 2/2)

Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris, ancien membre du Conseil National des Barreaux et ancien membre du Conseil de l’Ordre, ainsi qu’écrivain. Pendant de nombreuses années, il a enseigné à l’Université Paris 13 (1998-2008), au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFP) (1998-2010), au Centre de conseil et de formation professionnelle (CECOFOP) (1997-2004), à l’École nationale des arts décoratifs (1998-2010), à l’École nationale des Gobelins (2004-2013), à l’Institut national de la formation de la librairie (INFL) (2005-2012).

Emmanuel Pierrat a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres, a reçu la grande médaille d’argent de la Jurisprudence de l’Académie d’Architecture, ainsi que le Prix Simone Goldschmidt/Fondation de France.

* Contrairement au GodF, les obédiences dites “régulières” se trompent-elles en ne parlant que de symbolisme ?

Un vrai dosage entre questions sociétales et symbolique est sans doute le bon. Ou en tout cas, l’utilisation du symbolisme pour réfléchir au sociétal et vice-versa.

Mais, bien qu’ayant vu la lumière dans une loge assez sociétale du GODF, et ayant été longtemps réticent à toute planche symbolique (qui est encore souvent, il faut aussi l’admettre, un copié-collé de poncifs glanés sur Wikipédia), j’ai fini par écrire un gros livre intitulé Les Symboles pour les nuls !

Car les symboles ont façonné notre histoire, de même qu’ils façonnent notre quotidien. La monnaie, qui nous sert à payer notre baguette de pain chez le boulanger ? Un symbole. Le drapeau français tricolore ? Un symbole. Le coq qui surmonte les clochers des églises de nos villages ? Un symbole. La liste est pratiquement inépuisable.

Pourtant, nous ignorons souvent l’origine et la signification de ces symboles qui nous environnent. Or, il faut resituer les symboles dans leur contexte et leur histoire. Le monde des symboles est parfois hermétique aux non-initiés.

«— Qu’est-ce que la franc-maçonnerie ?

— Un système de morale enseigné sous le voile de l’allégorie au moyen de symboles.»

Tel est rituel de passage au grade de Compagnon, dans le rite Émulation. Et il est vrai que la franc-maçonnerie regorge de symboles ! Dans les attitudes imposées à ses membres lors des rituels, dans les peintures, tentures, bougies, lumières, objets divers qui décorent les loges, dans les textes bien sûr, et dans l’iconographie, extrêmement abondante.

Qu’est-ce qu’un symbole, au juste ? Ça n’est pas une métaphore, ça n’est pas une allégorie, ça n’est pas un signe. Un signe, une allégorie, une métaphore, sont univoques : quand on voit un panneau de sens interdit, on pense au sens interdit, à rien d’autre ; quand on voit une statue de femme aveugle et tenant une balance, on pense à la justice, et rien d’autre ; quand Rimbaud – qui d’ailleurs, selon certaines sources, était initié – parle des «crachats rouges de la mitraille», tout le monde comprend qu’il s’agit de balles. Le symbole, lui, est équivoque, ambigu, profond, énigmatique. Une rose, un soleil, une épée flamboyante, un crâne, une équerre, un compas, … peuvent être la métaphore ou l’allégorie de toutes sortes de choses.

La métaphore et l’allégorie sont destinées à être comprises, elles ne sont rien d’autre qu’un rehaussement poétique du langage. Le symbole est destiné à être étudié, creusé, épuisé, le symbole est un langage à part entière.

Et c’est, de fait, le seul langage qui convienne à l’initiation, car c’est précisément un langage qui ne dit rien à proprement parler, mais qui plutôt se contente d’évoquer plusieurs choses, parfois contradictoires (un crâne est-il le symbole de la mort, de l’humanité, de l’introspection, du temps ? Une épée est-elle le symbole de la violence, de la droiture, de la responsabilité ?), parfois reliées par des correspondances secrètes qu’il convient de découvrir.

Cependant, surtout, le langage symbolique, indépendamment même des symboles utilisés, dans sa structure même, correspond au fondement de la pensée ésotérique, cette pensée souvent mal comprise, souvent confondue avec l’occultisme alors qu’elle en est le contraire, qu’elle est le principe même de l’initiation, puisqu’elle consiste à cacher mais à cacher mal, et en laissant des indices, de sorte que ce qui est caché se montre juste assez pour exciter le désir de le trouver, et pour en rendre possible la découverte.

Le symbole, l’ésotérisme, l’initiation disent en fait le secret maçonnique (mais qui n’est un secret que pour ceux qui cherchent l’amour, le bonheur ou les réponses aux mystères de l’Univers comme s’il s’agissait de trèfles à quatre feuilles ou de leurs clés de voiture), et c’est un secret fort simple : le cheminement est plus important que la destination.

Ce qui constitue l’intérêt, partant de ce raisonnement, de la symbolique maçonnique, c’est que, façonnée par trois siècles d’existence et une tradition dix fois plus longue encore à laquelle elle puise inlassablement, elle est d’une richesse et d’une profondeur immenses, et que le trajet initiatique pourrait durer plusieurs vies sans jamais l’épuiser.

La Franc-maçonnerie n’utilise pas que la méthode symbolique. Celle-ci est une part de la méthode maçonnique, qui utilise aussi en particulier une construction de la parole très singulière.

Au point qu’il suffit à peine de rappeler, comme dans une chaine d’union : «comprenons la grandeur et la beauté de ce symbole ; inspirons-nous de son sens profond».

Il faut souligner que cette méthode symbolique fonctionne elle-même dans d’autres sphères que la franc-maçonnerie : des linteaux d’églises au Code de la route, en passant par la science et la Bourse.

Un domaine si foisonnant que celui des symboles préoccupe tous nos contemporains, qu’ils soient fascinés par les rêves, l’astrologie, la littérature médiévale, les herbiers, la franc-maçonnerie… ou redécouvrent, à l’âge adulte, pacman et le bouddha couché.

Une licorne, un labyrinthe, E=MC2, Marilyn ou Hermès peuvent faire ressentir et comprendre des notions, ces concepts.

Le voyage initiatique au cœur des emblèmes, de la mythologie, des insignes, des blasons et des marques aide à mieux les comprendre, mais surtout à les apprécier et à les utiliser avec encore plus d’assurance et de savoir.

La méthode symbolique s’adresse en particulier à tous, qu’ils soient, consciemment ou non, habités par les signes que produisent nos civilisations, qui accumulent et imaginent les symboles, ne se lassant jamais de classer les merveilles du monde et de leur donner un sens profond.

Il existe d’ailleurs sans doute différents niveaux de lecture des symboles, que ce soit dans l’univers profane comme en loge : littérale, philosophique, ésotérique, et.

Un symbole se substitue donc à l’apparente nécessité d’une définition. Cette méthode fait appel aux sens, à l’idée, à la mémoire. Chacun reçoit donc très subjectivement le symbole.

Et cela signifie qu’il n’y a pas que le travail intellectuel qui opère.

La franc-maçonnerie plonge bien sûr dans l’histoire de la société occidentale, et celle de ses voisines (en réalité dans la planète dans son ensemble, par principe et par porosité) pour y déceler et faire briller des vertus, des grands noms, des éléments.

Les symboles arrivent dès le cabinet de réflexion mais ne sont explicités, dans leur acception maçonnique, que lors de l’initiation proprement dite. Pour appréhender les symboles, l’initié se voit proposer une lecture plus complexe : a contrario, le profane ne fait qu’effleurer le symbole, n’en perçoit qu’une superficialité.

Il faut bien sûr être initié, de façon à ce que la méthode puisse fonctionner. Et être instruit. L’instruction utilise la méthode maçonnique et propose dans le même temps de la décrypter. Apprentissage et perfectionnement permettent de s’approprier les symboles. Le maçon doit plancher, tenter, paradoxalement, de donner un sens plus ou moins précis au symbole. Chaque étape se traduit par un nouvel apprentissage, voire une nouvelle dimension. Ce sont notamment l’instruction (précitée), le travail à présenter en loge, la cérémonie qui ponctue le passage d’un âge à un autre.

Sont alors lisibles la sensibilité, la philosophie, la spiritualité d’une question, d ‘un sigle, d’une formule, d’un geste. La méthode peut en effet être visuelle, sonore, textuelle, physiologique ou mélangeant tous ces registres.

Le secret maçonnique n’est pas dans la révélation d’une signification précise mais dans la méthode et le fait de l’éprouver.

La lecture d’initié demande une recherche qui consiste en elle-même en un apport. L’apprentissage est dans la quête et non dans la seule réponse, par ailleurs multiple.

La méthode symbolique permet de relier l’initié au monde, de quitter le chaos. Elle autorise l’harmonie, la compréhension, l’épanouissement des valeurs.

Les symboles sont déployés grâce à un rite ; qui devient bien évidemment à son tour un symbole en tant que tel. Ce rite divulgue et transmet les symboles selon un ordonnancement singulier.

Tout est symbole, proclame-t-on. Et c’est bel et bien le cas : des mots à la vêture, des sons aux gestes, du Temple au rôle des officiers.

Le symbole est aussi un propos collectif qui devient très personnel. Et apporte une esquisse de réponse, une piste. La voute étoilée, la pierre brute, les lacs d’amour, l’acacia, proposent autant de lectures possibles qu’il y a de lecteurs.

Toute la question consiste sans doute à doser les symboles, en particulier en fonction de l’orientation voulue pour le travail. La loge peut avancer sur des sujets sociétaux tout en oeuvrant à l’aide de symboles. Ou étudier ces mêmes symboles grâce à eux.

Car il faut réfléchir aux symboles. Tandis que ces symboles produisent un effet presque intuitif. Intuition et conscience se côtoient dans la méthode symbolique, pour sa plus grande richesse.

Voilà un long plaidoyer en faveur de ce qui me lassait plus jeune. C’est un peu comme l’amour des cathédrales et des églises anciennes !

Mais, selon moi, un franc-maçon accompli ne le devient, en appartenant à une loge où le symbolisme domine tout, que s’il voyage, va sur d’autres chantiers, est curieux des travaux sociétaux de ceux qui ont fait ce choix et, surtout, en titre une clé de lecture pour analyser le monde profane et y apporter sa pierre.

* S’il existe des Obédiences et des loges genrées, la mixité en loge est finalement encore extrêmement minoritaire, quelle est votre approche de la question ?

J’ai vu la lumière au GODF lorsque celui-ci était encore uniquement masculin. On « naît » là où les amis et le hasard vous portent. Mais je ne serais sans doute pas resté au Grand Orient, à évoquer la mémoire de Louise Michel, si la situation n’avait pas évolué.

Cela a été soudain, en 2010, grâce au parcours de notre sœur (et mon amie avec qui j’ai eu la chance de maçonner dans un atelier dont nous étions tous les deux membres) Olivia Chaumont, le Convent du Grand Orient a émis le «vœu» que les loges qui lui sont affiliées puissent dorénavant initier des femmes. Cette décision — révolutionnaire ! — a suscite cependant, au sein de l’obédience, une opposition qui, à présent est presque totalement apaisée, même si certaines loges annoncent encore qu’elles continueront à ne pas recevoir les femmes, et encore moins à les affilier ou les initier. Pour autant, ces frères qui refusent d’ouvrir leurs ateliers aux femmes nuisent inconsciemment aux travaux de leurs propres membres, ne serait-ce que, par exemple, parce que je trouverai incongru que ma loge emmène ses plus jeunes en visite dans un atelier où ne seraient pas admises nos maillons féminins, du Premier surveillant aux compagnons et apprentis.

C’est pourquoi, lorsque je suis devenu vénérable, juste après «l’autorisation» aux loges du GOIDF de devenir mixtes, j’ai ouvert ce chantier, en le proposant à l’occasion de collèges de maîtres ouverts aux compagnons. J’ai expliqué à chacun que, si au terme d‘une année de discussions et de réflexions, l’un d’entre nous démissionnait parce nous devenions mixtes, alors nous resterions ainsi, entre hommes.

Bien entendu, mes frères, tous intelligents et humanistes mais parfois réticents, se sont rangés à avis majoritaire. Et aucun n’est parti quand j’ai initié d’abord deux jeunes femmes puis cinq profanes qui sont toutes devenues des maillons solides nous permettant aujourd’hui une quasi-parité de fait, sur les colonnes que dans la répartition des plateaux, même si nous n’avons eu jusqu’ici qu’une seule femme vénérable dans cette loge bleue.

Je relève aussi que, si les rangs de la franc-maçonnerie masculine affichent, bon an mal an, une relative stabilité, voire une légère croissance, ceux de la franc-maçonnerie féminine connaissent au contraire un développement régulier et soutenu. Depuis 1970, le nombre de sœurs a été multiplié par plus de dix. Elles approchent aujourd’hui un pourcentage très important de l’effectif global de la maçonnerie française et ce chiffre pourrait encore augmenter. C’est du reste une spécificité française : partout ailleurs dans le monde, et plus spécialement dans les pays anglo-saxons, la maçonnerie restant avant tout une affaire masculine.

Les conquêtes féministes, l’augmentation du nombre de divorces, la part toujours plus importante des femmes dans la population active et notamment leur arrivée à des postes d’encadrement et de responsabilité expliquent sans doute cet intérêt féminin pour une maçonnerie qui leur offre un espace de sociabilité unique, au sein duquel elles peuvent réfléchir à la marche du monde (mais aussi à celle de leur propre carrière…) dans une atmosphère de totale indépendance intellectuelle.

Toute la question — centrale aujourd’hui — est de savoir si ce développement de la maçonnerie féminine doit se faire de son côté, et à son rythme, ou si elle doit se perpétuer désormais de concert avec la maçonnerie masculine. La «cohabitation» d’obédiences, le choix dans un orient, de loges masculines, féminines et mixtes, me parait possible. Mais, s’il faut allumer les feux dans un orient désert, alors faisons-le en mixité sans hésiter.

C’est ce que j’ai fait en allant participer à la création d’une formidable loge mixte au Maroc, dans une ville où les femmes et les hommes de bonne volonté ont peu d’occasions de se parler hors de l’université où ils enseignent ou de l’hôpital où ils exercent. Mon chapitre français est mixte et mes ateliers écossais «supérieurs» le sont aussi et c’est tant mieux. Je pense que c’est indispensable aussi l’ «oxygénation» des loges.

* La France compte des centaines d’Obédiences dont certaines ne contiennent qu’une poignée d’initiés , comment percevez-vous ce particularisme hexagonal ? Est-ce une difficulté pour le profane ou l’apprenti nouvellement initié à trouver sa (bonne) place ?

La franc-maçonnerie française vit au rythme de ses schismes : ceux-ci sont dus à des évolutions majeures (comme lorsque le Grand Orient abandonna toute référence au Grand Architecte de l’Univers), ou à la volonté de créer des loges mixtes ou féminines. D’autres scissions sont liées à un désir de renouer avec une tradition, réelle ou fantasmée. D’autres encore sont provoquées par le désir de prendre des distances avec des frères se révélant parfois trop affairistes. D’autres enfin, je ne l’ignore pas, sont le fruit d’une volonté individuelle de s’établir en Grand Maître. Les maçons ne sont pas tous exempts du péché d’orgueil, appelé, chez nous «cordonnite».

C’est ainsi que, ces dernières décennies, sont apparues de nouvelles obédiences qui, malgré la faiblesse de leurs effectifs, ont réussi peu à peu à faire admettre leur légitimité et ont conclu des accords de reconnaissance mutuelle avec les grandes obédiences plus anciennes.

Pour ma part, je fréquente un peu plus que d’autres l’Ordre Initiatique et Traditionnel de l’Art Royal (créé en 1974) et dont j’apprécie la richesse (au bon sens du terme) des travaux.

L’apprenti fait ensuite son chemin et, s’il visite, quittera une obédience qu’il estime trop cloisonnée ou folklorique (mais laquelle ne l’est pas ?), ou bien y restera tout en voyageant souvent. Bref, j’aime assez ce paysage éclectique, alors que j’appartiens et chante les louanges de la grande auberge presque espagnole qu’est le GODF !

* Quelles sont les trois réformes ou mesures dont vous rêvez pour le développement de la franc-maçonnerie au XXIème siècle ?

Il faut que la franc-maçonnerie sache aller combattre l’anti-maçonnisme, qui nous a tant nui et a repris du poil de la bête avec des agressions physiques, des incendies de temples, des projets d’attentats, et autres méfaits. Y compris en se dotant juridiquement des moyens d’agir devant les tribunaux contre ces nervis. C’est un objectif

Autre point : au Grand Orient, un Grand Maître devrait pouvoir effectuer un mandat plein de trois ans quel que soit sa date d’entrée au sein du conseil de l’ordre qui l’élit. Il arrive trop souvent que le Grand Maître ne le devienne qu’après un ou deux ans au Conseil de l’Ordre et ne puisse diriger que pour une ou deux années, ce qui ne permet guère de commencer à piloter puis e mener à bien un chantier.

Enfin, nos obédiences, si différentes, devraient se doter d’un organe central de coordination et de lobbying (puisqu’on nous accuse d’en être un depuis si longtemps, utilisons cet outil du lobbying et de l’influence officiels que nous sommes seuls à snober). Cela permettrait de mieux parler avec les pouvoirs publics, faire passer des messages rapidement ou sur le fond. On ne peut pas compte que sur le carnet d’adresses de tel ou tel, comme sur la bonne volonté permanente de la fraternelle parlementaire.

* Vous qui par votre métier d’avocat maîtrisez mieux que personne le poids et le choix des mots, que diriez-vous à un profane qui s’interroge sur le fait d’entrer en maçonnerie ?

Je crois être un «sergent-recruteur» assez actif ! Je dis notamment, comme beaucoup, que la loge est le contraire d’une secte : c’est long et parfois trop complexe d’y entrer et on en sort à tout moment.

Mais je dis et redis tout ce que je t’ai déjà répondu sur la circulation de la parole, la vraie diversité sociologique qu’on y trouve, la méthode de réflexion, le sens du travail initiatique, la fraternité…

C’est le dernier lieu où Le Pen et Zemmour ne sont pas les bienvenus, où la laïcité domine le religieux sans l’anéantir, et où l’on essaye de ne pas s’engueuler parce qu’on est d’avis différent ! Voilà ce que je «vends» comme conception de la franc-maçonnerie ; la mienne, celle que j’essaye de vivre et de suivre. En rappelant aussi cet adage selon lequel on peut être déçus par les frères (et les sœurs), mais pas par la franc-maçonnerie.

Quand j’étais jeune maçon, un maître éprouvé de mon atelier m’a dit, aux agapes : «je t’ai vu arriver comme moi, épuisé, rétif, avec l’envie de rentrer chez toi pour siroter une bonne bouteille de Bordeaux ; et tu es quand même content d’être venu car c’était une belle planche et c’était une bonne tenue, qui nous a fait du bien à tous les deux». Cette vérité me revient à l’esprit à chaque fois que je pense à ma fatigue, mes dossiers à finir, mon peu d’envie d’aller en tenue (e qui arrive, bien entendu). Et elle me requinque, même si la planche était un peu roborative, la cérémonie un peu chancelante ou que la circulation de la parole a fait naître quelques rancœurs.

* Dernière question, Emmanuel vous avez écrit tant de passionnants ouvrages sur la franc-maçonnerie, quel sujet non encore traité vous inspire ?

Je travaille depuis quelques années sur la «France (et la Belgique, chère à mon cœur d’initié) maçonnique», après avoir beaucoup écrit sur l’architecture et l’urbanisme du Paris des francs-maçons.

Je parcours et scrute les régions, en notant et en photographiant. On m’invite à, plancher à Dunkerque, Limoges ou Épinal et j’en profite pour regarder et visiter, comme je le fais quand je vais plaider dans une autre cour d’appel que la mienne !

Car la franc-maçonnerie française, celle de la «province» est bien sûr celles des temples, mais aussi des phalanstères chers au frère Charles Fourrier, des lieux de l’utopie, de la beauté d’un jardin initiatique, du carré des libres-penseurs délimités dans les cimetières.

Il existe ainsi une autre géographie de la franc-maçonnerie – liée parfois à la place historique du protestantisme, aux bastions de l’armée (car les loges militaires ont connu leur apogée sous le Premier Empire) ou du radical-socialisme : La Rochelle, Lyon, Provins, le Lot, Lille, l’Alsace, Niort, Bordeaux, la Corse, etc.

La présence des maçons se traduit parfois de manière très discrète. Il est de lieux sinon secrets, du moins discrets ou cachés, qui sont à découvrir, si ce n’est in situ, dans un livre. II existe encore d’autres endroits chargés d’histoires et de mystères, notamment des hôtels particuliers, qui méritent d’être éclairés, ou encore des statues et des façades parlant aux initiés.

Des bâtiments ou places, dont le nom semble obscur reprennent sens lorsque le curieux prend le temps de découvrir leur histoire.

C’est encore la saline royale d’Arc-et-Senans, La Maison de l’armateur au Havre, le Grand Hornu près de Mons, que j’ai visités avec mon œil de maçon-écrivain, qui me fascinent.

Connaître et comprendre l’urbanisme, l’architecture ou encore les paysages liés ou dus à la franc-maçonnerie, c’est posséder une clé indispensable à la lecture de l’histoire de France, comme l’est la culture judéo-chrétienne.

Je suis sur le chemin – d’écriture – de la France (et de la Belgique) maçonnique !

Annexe : mes ouvrages sur la franc-maçonnerie :

  • Le Paris des Francs-maçons en collaboration avec Laurent Kupferman (Le Cherche-Midi, 2009 et 2013)
  • Les Grands Textes de la Franc-maçonnerie décryptés en collaboration avec Laurent Kupferman (First, 2011)
  • Ce que la France doit aux francs-maçons en collaboration avec Laurent Kupferman (First, 2012)
  • Les Secrets des francs-maçons (Vuibert, 2013, France Loisirs, 2014) 
  • Les Symboles pour les nuls (First, 2015)
  • Les Francs-Maçons sous l’Occupation, (Albin Michel, 2016, Le Grand Livre du Mois, 2016)
  • «Ce que la République doit à trois siècles de franc-maçonnerie» in Trois siècles d’émancipation (Conform, 2017)
  • Pierre Simon, médecin d’exception, du combat pour les femmes au droit de mourir dans la dignité (Don Quichotte, 2018)
  • Les Francs-Maçons et les rois de France (Dervy, 2019)
  • Je Crois en l’athéisme (Cerf, 2020)
  • Ce que la République doit aux francs-maçons en collaboration avec Laurent Kupferman (First, 2021)

Autres textes dans des publications maçonniques ou liées à la FM :

  • «Pierre Mendès-France» in La Franc-maçonnerie (BnF éditions, 2016)
  • «Les initiations d’ailleurs» in catalogue de l’exposition «Hugo Pratt et les secrets de l’initiation» (Musée du Grand Orient de France, 2012)
  • «Pierre Mendès-France» in La Franc-Maçonnerie, Bibliothèque Nationale de France, 2016 (catalogue de l’exposition éponyme).
  • «La tva sur le livre», Humanisme, printemps 2012
  • «Eugène sue, le peuple et ses mystères», Humanisme, printemps 2014
  • «Pierre Simon, médecin et humaniste d’exception», Humanisme, printemps 2018
  • «Le symbolisme de Peau d’âne», La Chaîne d’Union, automne 2015
  • «Le Cercle Mémoire et vigilance», La Chaîne d’Union, hiver 2016
  • Préface au livre de Gérard Contremoulin : l’Homme debout, La République pour un nouvel humanisme, Detrad, 2018.
  • Préface au livre d’Arnaud de La Croix : Himmler et le Graal, Racine, 2018.
  • Préface au livre de Josselin Morand, Ethique et athéisme, Numerilivre 2021.
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Une réflexion sur “Entretien avec Emmanuel PIERRAT (partie 2/2)

  • Merci Emmanuel pour ce passionnant interview) je suis mille fois d’accord avec toi sur la question de l’organe central inter-obédientiel même si je ne suis pas certain que les questions d’égo le permette. Question subsidiaire, mais finalement n’y a t’il pas déjà en France bien trop d’obédiences, et notamment trop d’obédiences pour que la FM hexagonale ne puisse être représentée dans une structure fédérative comme tu l’évoque ????

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