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Entretien avec Christian Doumergue, auteur de “Le Secret dévoilé”

Votre ouvrage Le Secret dévoilé sort cette semaine dans une nouvelle version poche. Pouvez-vous nous présenter rapidement ce livre ?

Christian DOUMERGUE :Le Secret dévoilé est un livre sur l’énigme de Rennes-le-Château. C’est le résultat de 20 ans d’enquête sur cette étrange affaire, dans ses différents aspects… Il a été publié pour la première fois il y a 10 ans. C’est donc une version actualisée de mon enquête, enrichie de quelques petites informations supplémentaires, qui ressort aujourd’hui en librairie…

En résumé, même si on peut supposer que la majeure partie de nos lecteurs connaît cette histoire, c’est quoi l’énigme de Rennes-le-Château ?

C. D. : Tout part d’un fait divers local. Fin XIXe siècle, un curé, l’abbé Saunière, arrive dans ce petit village de l’Aude situé grosso-modo à une heure de route au sud de Carcassonne. L’église du village est à l’état de quasi-ruine. Très vite, l’abbé Saunière se lance dans des travaux de restauration… Rien de plus normal jusque-là. Mais dans les années qui suivent, il construit une villa style Renaissance, une tour néo-gothique, des parcs, des jardins, un belvédère, une tour en verre et reçoit avec faste. Pour les villageois, il a trouvé un trésor ! Cette rumeur va survivre à sa mort et à partir des années 1950, les premiers chercheurs de trésor arrivent dans le village, supposant qu’il reste encore une grosse partie du trésor. Fin des années 1960, le premier livre sur le sujet est publié et pose une idée qui va obséder des générations de chercheurs : l’abbé Saunière aurait laissé dans son église différents indices permettant d’accéder au fameux trésor ! Dès lors, l’énigme de Rennes-le-Château devient un véritable cryptogramme !

Dans leur préface à votre livre, Eric Giacometti et Jacques Ravenne le présentent comme un « éclairage inédit » et affirment qu’avec Le Secret dévoilé une « étape est franchie » dans la compréhension de l’affaire de Rennes-le-Château… En quoi votre livre se distingue des autres, nombreux, publiés sur le sujet ?

C. D. : On peut considérer qu’il y a deux temps dans l’enquête que je présente. Un premier sur l’affaire Saunière et les spéculations autour du trésor qu’il aurait trouvé… J’ai pu apporter à ce sujet de nouveaux éléments, notamment concernant le financement de la rénovation de l’église, à propos duquel j’ai mis en lumière un groupe très précis basé à Narbonne. Le second temps, c’est une partie plus récente de l’affaire, à savoir la « mystification » littéraire qui se déroule à partir de la publication, en 1967, de L’Or de Rennes, le premier livre entièrement consacré à l’énigme de l’abbé Saunière. D’autres livres suivront, qui vont reprendre plusieurs éléments de ce premier ouvrage, et ajouter d’autres pièces à conviction. On ne le sait pas lorsque ces livres paraissent, mais plusieurs de ces éléments (parchemins codés, relevés de pierres gravées, épisodes inconnus de la vie de l’abbé Saunière…) ont été inventés pour la circonstance et fournis à ces différents auteurs par un seul homme : Pierre Plantard, qui restera dans l’ombre un certain temps avant de se manifester publiquement. Les mécanismes de cette mystification et ses raisons n’avaient jamais été étudiés. C’est en cela que mon livre se distingue du reste de la production sur le sujet et permet d’avoir une tout autre approche de l’ensemble de cette histoire.

Plantard a pu être de ce point de vue présenté comme un imposteur, un mythomane… Mais ce n’est pas le point de vue que vous adoptez dans votre enquête. Pourquoi ?

C. D. : L’idée que Plantard soit un imposteur ou un mythomane se base sur un fait : il a créé des « faux » pour raconter une histoire, plus exactement faire raconter, puisqu’il s’est dans un premier temps servi de plusieurs auteurs pour écrire et diffuser sa mystification. Dans ce sens-là, il y a effectivement une falsification de certains faits. Mais ce qui m’est apparu lorsque j’ai entrepris l’analyse de cette mystification, c’est qu’elle contenait de nombreux symboles ! Et que, grâce à eux, elle racontait une histoire, plus exactement délivrait un message ! En quelque sorte, il s’agissait d’une sorte de fable symbolique, par l’intermédiaire de laquelle Plantard nous amenait sur un terrain autrement plus complexe que celui d’une « simple » chasse au trésor !

Justement, à propos de symbolisme, vous mettez en lumière la présence, notamment dans certains des « faux » élaborés par Pierre Plantard, de symboles maçonniques. Est-ce à dire qu’il y a quelque chose d’initiatique dans ce mythe de Rennes-le-Château ?

C. D. : Incontestablement oui ! Plantard a en effet glissé bien des symboles maçonniques dans les pièces à convictions qu’il a créées… Notamment dans un texte très mystérieux, évoquant la venue dans les environs de Rennes-le-Château d’un étrange pèlerin cherchant la tombe de celle qu’il appelle la « Belle Endormie »… Or ce texte, qui a pour titre Serpent Rouge, a été structuré par Plantard en suivant l’initiation au grade de Maître telle que retracée par Oswald Wirth… Plusieurs phrases de ce texte, qui avaient été prises au premier degré, si je puis dire, comme des indications de directions, sont en fait des formules rituelles. Cela était passé complétement inaperçu jusque-là. Or cela change tout quant au sens que l’on doit donner à ce texte et plus largement à la fable composée par Plantard autour de l’affaire Saunière. C’est un exemple parmi d’autres.

Peut-on dès lors parler d’un mythe maçonnique ?

C. D. : Plantard utilise à l’occasion un langage maçonnique. Mais l’origine du mythe qu’il élabore vient d’ailleurs. J’analyse dans Le Secret dévoilée l’importance cruciale du Hiéron du Val d’Or dans sa vision de l’Enigme. Plantard fait en effet de multiples allusions à la Tradition primordiale… à l’héritage atlantéen, un sujet qui l’occupe depuis ses plus jeunes années.

On voit que l’on est effectivement bien loin de la simple histoire de trésor ! Ce qui pose une question, que l’on retrouve comme un fil rouge dans votre livre : tout cela n’est-il finalement qu’un mythe ?

C. D. : Oui et non ! Oui si l’on considère qu’il y a bien création d’une histoire fictive pour raconter quelque chose, délivrer un message. Non dans la mesure où cette fable renvoie, du moins semble renvoyer, à quelque chose de bien réel ! Dans Le Secret dévoilé, je mets en exergue un curieux passage du livre de Gérard de Sède, L’Or de Rennes, inspiré par Pierre Plantard. Dans un des chapitres du livre, il est écrit que « Les découvertes de quelque poids modifient toujours profondément l’univers mental de ceux qui les font. À plus forte raison, l’auteur d’une trouvaille stupéfiante sera, s’il ne peut la révéler, prisonnier d’une contradiction presque intolérable entre l’orgueil qui le pousse à publier et la crainte qui le contraint à se taire. Qu’on l’imagine obsédé sa vie durant par ce qu’il a vu, qui était peut-être effrayant mais dont il ne peut se délivrer auprès de quiconque. » La solution proposée pour résoudre ce dilemme est la suivante : le secret, ne pouvant être dit littéralement, s’impose à son inventeur la nécessité de le formuler sous une autre forme. « Pour un tel homme, la seule issue serait ainsi de parler en prenant soin qu’on ne puisse le comprendre ou de se faire comprendre en veillant à ne pas parler. Mais pour ce faire, le langage commun n’est d’aucun secours ; il lui faudra donc forger un autre langage, créer une mer pour y jeter sans trop de risque le message qu’il tient en bouteille, c’est-à-dire, en fût-il ignorant, réinventer l’hermétisme. » C’est exactement ce qu’a fait Pierre Plantard à Rennes-le-Château : il a littéralement réinventé l’hermétisme. Ce qui suppose qu’il a effectivement effectué, dans cette région, une découverte.

Mais alors… quelle serait cette découverte ?

C. D. : À côté du décryptage symbolique du mythe de Rennes, j’explore dans Le Secret dévoilé plusieurs pistes historiques pour tenter de l’approcher… C’est un sujet complexe, sur lequel on ne peut honnêtement être affirmatif. Mais une chose est sûre : il y a tout un arrière-plan religieux, spirituel et ésotérique dans cette région bien avant l’affaire Saunière… Une histoire oubliée, parfois effacée, dont on retrouve malgré tout quelques fragments et réverbérations, notamment à travers des écrits que je présente dans mon livre… Ces différents fragments permettent de deviner « quelque chose »…

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